Biographie de Louis Thomas ACHILLE

Portrait Louis Thomas Achille
photo : D.M.C. studio IMAGE - Nice (non daté)

Louis Thomas ACHILLE

à l’état-civil : Louis Thomas Eugène ACHILLE
né à Balata – Fort-de-France (Martinique) le 31 août 1909
décédé à Lyon 6° (Rhône) le 11 mai 1994

photo : Mayfair Studio inc. – New-York City (USA) – 1938

Regarder le documentaire « Itinéraire de Louis T. ACHILLE » – 16 nov. 1994 – réalisation J.L. ACHILLE

maison natale LTA
Maison natale de Louis Thomas ACHILLE à Balata, commune de Fort-de-France (Martinique) – photo Jean-Louis ACHILLE – 1978

Origines martiniquaises

Louis Thomas Eugène ACHILLE est né le 31 août 1909 à Balata, commune de Fort-de-France (Martinique)

Il est le second fils de :

Louis ACHILLE (père) en 1948

Louis ACHILLE

à l’état-civil :
Philéas Gustave Thomas Louis ACHILLE
Premier agrégé Noir en Anglais en 1905 (académie de Caen)

Voir l’article consacré à Louis ACHILLE père de Louis Thomas

et de

Marguerite ACHILLE (née Ferdinand)

 blanchisseuse

Louis T. ACHILLE avait quatre frère et sœurs :
Pierre l’aîné, et trois sœurs cadettes Marguerite, Jeanne et Isabelle

LTA et sa famille d'origine- 1934
Louis Thomas ACHILLE (en uniforme militaire) avec ses parents et ses frère et soeurs et certains de ses neveux

Sur la photo ci-dessus on retrouve sur deux rangs et de gauche à droite :
Rang du fond : les adultes

  • Marguerite ACHILLE (née FERDINAND), mère de Louis Thomas
  • Pierre, Louis Thomas, Marguerite, Jeanne, Isabelle, les enfants
  • Louis ACHILLE, devenu aveugle (canne blanche), père de Louis Thomas

Rang de devant : des neveux de Louis Thomas

Louis & Marguerite ACHILLE et leurs enfants (sauf Pierre l'aîné)
Tous les enfants sont présents sauf Pierre, militaire, sur le terrain. Louis Thomas est en bas à droite. Photo P. Joriau, portraitiste – Paris

Thomas l’indispensable deuxième prénom pour Louis

plaque identification de l'appartement de LTA

Dans le but de se distinguer de son père et selon un usage américain le jeune Louis ACHILLE junior, ajoutera à son prénom habituel l’initiale « T. » de son second prénom : Thomas. Il sera alors appelé : Louis T . ACHILLE, ou Louis Th. ACHILLE ou Louis Thomas ACHILLE.

Le présent document utilise Louis T . ACHILLE ou Louis Thomas ACHILLE.

Les frère et sœurs de Louis Thomas

Pierre ACHILLE, frère de Louis Thomas

Pierre ACHILLE

né à Fort-de-France (Martinique) en 1908
veuf sans enfants

C’est lui qui présentera Léopold Sédar Senghor à Aimé Césaire

Carrière militaire dans les troupes coloniales

Il sera secrétaire de Léopold Sédar Senghor pendant un an et demi

Il s’implantera définitivement sur la terre de ses ancêtres en Afrique

Il participera à l’émergence des indépendances au Sénégal puis en Côte d’Ivoire

Chef de cabinet du Président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire

Il terminera sa vie professionnelle comme archiviste de l’Assemblée nationale de ce pays, dont il avait choisi les couleur du drapeau

Artiste peintre, il créera de très nombreux tableaux (pastels, aquarelles, huiles) qu’il exposera essentiellement en Afrique noire

Distinctions :

  • Chevalier de l’Etoile noire du Bénin
  • Médaille coloniale
  • Croix du Combattant
soeur de Louis Thomas
Marguerite, soeur de Louis Thomas

Marguerite ACHILLE

née à Fort-de-France (Martinique) en 1911, sera pharmacien

Elle ouvrira la première pharmacie du Dahomey (devenu Bénin) en Afrique noire, avant de créer la pharmacie du Drugstore des Champs-Élysées à Paris

Elle sera mariée avec Emile BIASINI, administrateur de la France d’outre-mer qui fut ensuite chef de cabinet d’André MALRAUX, le (premier) ministre de la culture de la République Française, puis, Secrétaire d’Etat aux Grands Travaux du président François MITTERRAND (chargé des projets suivants : Bibliothèque Nationale de France, Grand Louvre, Grande Arche de la Défense, Opéra Bastille…)

Elle n’eut pas d’enfants

Jeanne ACHILLE
Jeanne, soeur de Louis Thomas

Jeanne ACHILLE

née à Fort-de-France (Martinique) en 1912

Mariée, mère de deux fils

Dirigea un hôtel à Nice

Isabelle ACHILLE
Isabelle, soeur de Louis Thomas

Isabelle ACHILLE

née à Fort-de-France (Martinique)

Artiste (chant, danse), sous le nom de « Yanilou »

Elle fut mariée à Léon-Gontran DAMAS, écrivain et député de la Guyane, l’un des fondateurs du mouvement de la Négritude

Elle eut par ailleurs une fille.

Formation en haut intellect

préfecture FDF
Louis Thomas ACHILLE devant la préfecture de Fort-de-France, ancienne résidence du Gouverneur de la Martinique (non daté)

Louis T. ACHILLE fait ses études secondaires à Fort-de-France au lycée Schœlcher, avant de quitter à 17 ans son île natale « Madinina » la Martinique, pour effectuer ses études supérieures à Paris. Il ne retournera plus sur l’Île aux fleurs que pour des séjours de vacances.

Son père Louis ACHILLE fut le premier Noir agrégé de France. Professeur d’Anglais du lycée Schoelcher de Fort-de-France, il en deviendra le proviseur à partir de 1938, jusqu’à la fin de sa carrière.

buste de Louis ACHILLE
Buste de Louis ACHILLE entrée du stade Louis ACHILLE Fort-de-France – photo JLA – 1978

Le stade de Fort-de-France porte le nom de Louis ACHILLE (dans l’état-civil : Philéas Gustave Thomas Louis ACHILLE),
car il s’agit du nom du père de Louis Thomas qui, en plus de sa grande renommée intellectuelle
était aussi un grand sportif.

Louis ACHILLE fut également directeur de l’USMSA (Union Sportive Martiniquaise de Sport Athlétique) et créateur de la Maison des Sports de Fort-de-France.

Louis Thomas ACHILLE, élève de « Khâgne » au lycée Louis le Grand et à la Sorbonne à Paris

Khâgne 1928-29 Louis-le-Grand - Paris
Louis Thomas ACHILLE parmi ses camarades de khâgne en 1928-29 au lycée Louis-le-Grand

Louis T. ACHILLE poursuivra donc ses études à Paris, et en Sorbonne.

Il fera son entrée dans la célèbre khâgne (classe préparatoire à l’Ecole Normale Supérieure) du lycée Louis-le-Grand à Paris au milieu des années vingt, khâgne que son condisciple Paul Guth appelle la « Khâgne des Années folles ».

Un enseignant de Lettres Classiques la décrit ainsi :

A Paris, dans les courants d’air de la rue Saint-Jacques, depuis plus de 4 siècles, avec ou sans jésuites, une grande maison qu’on appelle Louis Le Grand. Il y souffle un esprit – mais un esprit ! – un esprit puissant, un esprit pétillant, comme le désir dans la vie… Ut cuspis sic vita fluit dum stare videtur : le désir, la vie, c’est Achille immobile grand pas. Allez! Tout est dit, Louis Le Grand c’est ainsi.

C’est une bonne vieille galère ancrée sur la Montagne Sainte-Geneviève. On y célèbre le culte du Soleil. Tout doit rayonner: les Potaches, les Epices, les Khâgnes, et même les Taupes. Entre Collège de France et Sorbonne continue de camper une cohorte de mécréants, plus ou moins tonitruants, plus ou moins masqués… Mais il y eut Molière, Voltaire, Diderot, Baudelaire… Et même le Général Weygand ! Que de rôles ! Rien que des drôles ! Cela trace, jamais.

D’ailleurs, le lycée fait encore une fois peau neuve. Le chantier bat son plein: une vraie fontaine de jouvence! L’année prochaine, ce sera fini, c’est promis. Mais déjà, l’internat s’est ouvert aux gentes demoiselles… L’éternel féminin nous tire vers le haut, encore, et toujours. C’est comme le désir : désir de vivre, de se dépenser, de créer.

Maître RUDENT
Professeur de Culture et Sciences Humaines
à Louis le Grand.

Elle qui réunissait ETIEMBLE, Paul GUTH, Thierry MAULNIER, Robert MERLE, Henri QUEFFELEC, Roger VAILIAND, Georges POMPIDOU, Léopold Sédar SENGHOR, Aimé CESAIRE, Louis (T.) ACHILLE et le Vietnamien Pham DUY KHIEM » (d’après Paul DEHEUVELS, Proviseur de 1969 à 1991), sans oublier la philosophe Simone WEIL du Lycée Henri IV voisin rencontrée à l’aumônerie de Louis-le-Grand.

L’étape suivante de ses études conduira Louis T. ACHILLE outre-Atlantique, aux Etats-Unis, sur les conseils de son amie Augusta Savage (1892-1962), sculpteure noire-américaine.

mémoire anglais LTA - 1933
Page de titre du mémoire de LTA « Paul Laurence DUNBAR » – mai 1933

Washington D.C., mai 1933,
Louis Thomas ACHILLE remet son mémoire de maîtrise d’Anglais :
The Life and the poetical works of Paul Laurence DUNBAR
(né en 1872 à Dayton, Ohio, fils d’ex-esclaves,
premier Africain-Americain à obtenir une renommée nationale
en tant que poète aux Etats-Unis)

Parmi les acteurs de la Négritude

RMN - originale
numéro de la Revue du Monde Noir auquel Louis Thomas ACHILLE a collaboré

Début des années 30, Louis T. ACHILLE prendra une part étroite à l’émergence de la Négritude,
en collaborant à La Revue du Monde Noir, première revue bilingue français-anglais consacrée aux rapports,
notamment culturels, entre les communautés Noires d’Afrique, des Antilles et des Amériques (six numéros en 1931-1932).

Fondée par ses cousines Andrée, Jane et Paulette Nardal.

La Revue du Monde Noir se constitua notamment des signatures de :

  • Félix Eboué, premier gouverneur noir des Colonies,
  • le poète américain Claude Mac Kay,
  • des antillais René Maran, Prix Goncourt 1921, et Gilbert Gratiant,
  • du lyonnais Joseph Folliet, sur le droit de la décolonisation…

Ce premier foyer intellectuel rapprochant Noirs d’Afrique, des Caraïbes et d’Amérique sera suivi entre autres échos des voix nègres majeures dont :

  • celle, majeure, de Léopold Sedar Senghor, ami et condisciple de khâgne de Louis T. ACHILLE,
  • celle de Léon-Gontran Damas, écrivain et député de la Guyane et beau-frère de Louis T. ACHILLE
  • et d’Aimé Césaire, écrivain engagé devenu maire de Fort-de-France pour de longues années.

En 1993,
Louis T. ACHILLE préface la réédition de
La Revue du Monde Noir
chez
Jean-Michel Place (Paris)

En Route avec les Compagnons de Saint-François

LTA à La Salette avec les Compagnons
Louis Thomas ACHILLE parmi les pèlerins au cours du pèlerinage des Compagnons de Saint-François de 1936 à La Salette (Isère) France

On ne peut comprendre Louis T. ACHILLE sans mentionner son appartenance assidue, dès 1930, au mouvement catholique naissant des Compagnons de Saint-François, créé en 1927 par René Baugey et Joseph Folliet, devenu ensuite mouvement de recherche œcuménique, principalement en Europe.

Lancé dans la perspective d’une réconciliation franco-allemande, après la première guerre mondiale, autour de la paix à bâtir par le lien spirituel, le mouvement s’était formé à la suite du grand rassemblement de la jeunesse européenne de 1926 organisé par le Marc Sangnier à Bierville (Boissy-la-Rivière dans l’Essonne).

Louis T. ACHILLE, noir, s’y lia d’une amitié riche de sens avec l’abbé allemand Franz Stock qui allait devenir aumônier des prisons à Paris durant la guerre. L’infatigable engagement auprès des prisonniers français de l’occupant allemand qu’il était, les accompagnant jusqu’au peloton d’exécution au Mont Valérien, est salué comme un symbole européen.

L’une des spécificité des Compagnons de Saint-François, le pèlerinage à pied sur les routes d’Europe, enrichie des réflexions et de l’animation du mouvement, apprirent à Louis T. Achille, selon ses dires, l’essentiel de ce qui constitua sa vie.

Enseignant français noir à Howard University (Washington, D.C.) et à Atlanta

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Louis T. ACHILLE choisira d’enseigner une langue, or il préférait l’espagnol.

C’est pourtant l’anglais qu’il étudiera et enseignera longuement, à la suite de son père.
Souhaitant passer une année en tant qu’assistant dans une université anglophone dans le but de passer dans les meilleures conditions le concours d’agrégation d’anglais, il se verra refuser un poste par les universités britanniques, probablement à cause de sa couleur de peau.

C’est alors que les conseils de sa cousine germaine Paulette Nardal l’orienteront vers les Etats-Unis d’Amérique de 1932 à 1943.

Là, du fait de la ségrégation raciale, il ne pourra enseigner le français pendant presque dix ans qu’à l’université « noire » Howard University à Washington D.C. C’est là que professera également, plus tard, Toni Morrison, Prix Nobel de littérature 1993.

L’été, Louis T. ACHILLE donnera également, des cours de français, à l’Université d’Atlanta (Géorgie).

Il reviendra également à la Martinique ou sur le continent, à l’occasion de ses vacances, notamment pour participer aux pèlerinages des Compagnons de Saint-François.

Il avait trouvé, au cours de ces années 30 et 40, une Amérique en proie à une violente ségrégation raciale dont il eut personnellement à souffrir. Mais, c’est aussi sur leur lieu de naissance qu’il fera siens les fameux Negro spirituals, découverts préalablement pendant ses études à Paris.
Cette musique sacrée populaire inspirera notamment ses interventions en faveur de la cause des Noirs auprès du Saint-siège, après qu’on lui eût refusé la communion dans l’église « blanche » Saint-Paul à Washington D.C. Ce jour-là, un autre français participant à la même messe mais blanc, Paul Claudel, alors ambassadeur de France aux Etats-Unis, avait pu la recevoir devant lui.

La musique créée par les esclaves afro-américains qui opéra un des plus grands métissages culturels mondiaux ne quittera plus désormais Louis T. ACHILLE, jusqu’à son dernier souffle.

Engagé volontaire lors de la deuxième guerre mondiale

LTA s'engage volontaire
Acte provisoire d’engagement L.T. ACHILLE

Eloigné géographiquement de son pays pendant la guerre, Louis T. ACHILLE rejoindra, comme engagé volontaire, la Mission Militaire Française aux Etats-Unis, autour du Général BETHOUART, dans les Forces Françaises résidant en Amérique du Nord.
Officier de liaison, il effectuera sa formation militaire au centre d’instruction de l’infanterie américaine à Fort Benning, en Géorgie. C’est là que, tout officier français qu’il était, il se verra refuser l’accès au mess des officiers par les officiers américains blancs. Il sera ensuite envoyé en Afrique du Nord (Alger, Casablanca) comme officier de liaison, interprète d’Etat-Major de l’Armée Française.

Carrière d’angliciste au Lycée du Parc de Lyon

En 1945 au sortir de la seconde guerre mondiale, Louis T. ACHILLE était venu se présenter à la première session du concours d’agrégation d’Anglais après guerre, arrivant directement de son affectation militaire en Afrique du Nord.

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Nommé à Lyon après qu’il eut réussi le concours, il n’avait pas encore récupéré ses effets personnels civils à Washington. Or, il devait prendre aussitôt ses fonctions. C’est ainsi qu’à son arrivée au lycée du Parc en 1946, les élèves de Louis T. ACHILLE avaient remarqué que leur nouveau professeur d’Anglais était vêtu d’un uniforme de l’armée américaine, sans aucun insigne militaire.

Louis Thomas ACHILLE en costume militaire sans insigne
LTA débutera son enseignement de l’anglais au lycée du Parc de Lyon, tout de suite après la guerre, dans cette tenue

Louis T. ACHILLE enseignera au lycée du Parc jusqu’à sa prise de retraite en 1974, du secondaire aux classes préparatoires à l’Ecole Normale Supérieure et aux autres Grandes Ecoles (Polytechnique, Vétérinaire, Navale, Saint-Cyr, commerce…).

Il enseignera parallèlement dans d’autres établissements d’enseignement ou industriels : Institut d’Etudes Politiques de Lyon, Ecole Supérieure de Chimie Industrielle de Lyon, Cours Pascal, ainsi qu’aux techniciens supérieurs de Rhône Poulenc Progil.

Ce professeur de khâgne pendant 18 années fut fort apprécié à la fois de ses élèves et de l’administration. Il termina sa carrière de professeur comme titulaire de la chaire d’Anglais de Première Supérieure (khâgne).

Son style d’enseignement reposait sur un très grand respect pour ses élèves et pour la matière professée. Ce respect fut réciproque, même pendant les événements de Mai 68.

La rigueur et la justesse inspiraient toute sa pédagogie des langues, des littératures et civilisations anglaises et américaines auxquelles la précision du professeur donnait toute sa dimension.

Au-delà du programme, c’est un esprit que faisait passer Louis T. ACHILLE à ses élèves… et à ses collègues qui l’élirent président de l’Amicale des Professeurs pendant de longues années.

amphithéâtre Louis Thomas ACHILLE - lycée du Parc Lyon
Pose de la plaque « Amphithéâtre Louis Thomas ACHILLE » – lycée du Parc Lyon 6° – 16 novembre 1994
photo : (c) Etienne ACHILLE – 1994

Le Lycée du Parc en était marqué et des décennies plus tard, anciens élèves et collègues en célèbrent encore spontanément la mémoire.

Ainsi, à l’initiative des trois amicales, le Lycée du Parc donna à son amphithéâtre le nom de Louis Thomas ACHILLE, le 16 novembre 1994, soit six mois après son décès.
En présence des autorités académiques et municipales, du proviseur Daniel LAMBINET et de nombreux professeurs et anciens professeurs, la cérémonie de dédicace fut l’occasion d’évoquer, oralement et par une exposition avec un vidéogramme, l’itinéraire peu commun d’une des grandes figures du Lycée.

L’enseignement avait amené Louis T. Achille au Lycée du Parc, il avait su y bâtir une autre activité qui compléta sa renommée : la création du Park Glee Club.

Participation au 1er Congrès mondial des écrivains et artistes noirs en 1956

affiche du 1er congrès mondial des écrivains et artistes noirs à la Sorbonne du 19 au 22 septembre 1956
L’affiche historique du 1er Congrès signée Picasso

Du 19 au 22 septembre 1956 à l’amphithéâtre Descartes de la Sorbonne à Paris, Louis Thomas ACHILLE participera à un événement historique :
le premier Congrès international des écrivains et artistes noirs, organisé par la revue Présence Africaine.
Il y interviendra sur le thème « Les Negro spirituals et l’expansion de la culture noire » (dans l’archive audio de l’INA, l’intervention de Louis Thomas ACHILLE débute à 7 minues 38 secondes)

Au cours de cette conférence il sollicite l’autorisation de chanter le Negro spiritual qu’il vient de composer, en France, en soutien au boycottage des autobus à Montgomerry en Alabama par Rosa Parks qui sera l’un des points de départ de l’engagement du pasteur Martin Luther KING Jr. : « I will walk on my own legs till Kingdom come ».

On peut retrouver le texte intégral de son intervention dans les actes du premier Congrès  des écrivains et artistes noirs dans le numéro spécial de la revue Présence Africaine (pp. 227 à 237) et en version audio sur le site de l’INA.

numéro spécial de la revue Présence Africaine
Actes du 1er Congrès mondial des écrivains et artistes noirs – Paris – septembre 1956

Cinquante ans après, ses descendants ont célébré la mémoire de cette première dans les lieux où s’était tenu le congrès.

Des intervenants lors du Cinquantième anniversaire du 1er Congrès mondial des écrivains et artistes noirs – Amphithéâtre Descartes de la Sorbonne – Paris – septembre 2006 – photo J.L. ACHILLE

En savoir plus sur le Premier Congrès mondial des écrivains et artistes noirs en regardant le documentaire « Lumières noires » de Bob Swaim (2006) durée 52 min 34 sec.

Fondateur et directeur du Park Glee Club®

LTA dirigeant le Park Glee Club - mai 1964

A cette époque le Park Glee Club n’était composé que des garçons scolarisés au lycée du Parc de LYON 6°

livre d'anglais de 5ème Crapentier - Fialip
manuel d’anglais utilisé par LTA

Louis T. ACHILLE, professeur agrégé, devait présenter à ses nouveaux élèves lyonnais dans son cours d’anglais un Negro spiritual : Nobody knows. Celui-ci figurait au programme du manuel d’anglais Carpentier Fialip (ci-contre).

C’est dans ces conditions un rien inhabituelles que les élèves eurent l’occasion de travailler ce texte. Mais celui-ci ne fut pas lu comme n’importe quel texte littéraire ou poétique mais, sur proposition du professeur noir dont c’était la spécialité après avoir passé une dizaine d’années aux Etats-Unis dans des universités noires, il fut chanté par lui-même devant des jeunes médusés mais conquis. Ces derniers en redemandèrent.

C’est ainsi qu’en 1948 au Lycée du Parc de Lyon, à l’initiative de Louis T. ACHILLE avec les encouragements amicaux de son collègue d’anglais René Courbin, la Chorale d’anglais du lycée devint le Park Glee Club®.

Ce chœur chantant a capella se consacra quasi exclusivement aux Negro spirituals, agrémentés de quelques chants créoles.

Louis T. ACHILLE avait choisi le nom de Park Glee Club® pour les raisons suivantes :

  • Park : parce que le chœur s’était créé au Lycée du Parc (voisin du Parc de la tête d’Or à Lyon VI°),
  • Glee : voulant dire allégresse,
  • Glee Club : c’est une chorale composée de gens qui se réunissent pour se réjouir, chantant ensemble, notamment dans les universités américaines, blanches ou noires.

Comme beaucoup de groupes musicaux Africains-Américains le Park Glee Club, né sous l’impulsion de Louis T. ACHILLE et a vécu jusqu’à la mort de ce dernier, se réunissait au Lycée du Parc pour chanter l’allégresse des esclaves Noirs-Américains dans l’espérance d’une libération, exprimée par ces Negro spirituals. L’allégresse constituait un trait essentiel du caractère de son fondateur-directeur.

Les activités du Park Glee Club s’inscrivaient dans le cadre de l’Association Socio-éducative du lycée du Parc. Le renouvellement de ses membres s’opérait de façon naturelle, simultanément avec celui des différentes promotions du lycée. De ce fait de très nombreux élèves en firent partie.

C’est ainsi trois générations qui eurent parfois l’occasion de chanter ensemble, le chœur s’étant ouvert successivement :

  • d’abord aux jeunes filles des autres lycées (1960)
  • puis aux anciens élèves du lycée étudiant ailleurs ou ayant débuté leur vie professionnelle
  • et finalement à un plus large public

tout en conservant une dominante lycéenne et étudiante !

En savoir plus sur le Park Glee Club et les Negro spirituals

Sa propre famille

sortie mariage LTA-PMD Belley 1947

Sortie de la célébration religieuse du mariage de Louis Thomas ACHILLE avec Paule (Paulette) DOMINJON en la Cathédrale de Belley le 24 septembre 1947

En septembre 1947, il épousera en premières noces Paule (Paulette) Marie Dominjon avec laquelle, en décembre 1948, il aura un premier fils, Dominique (1948).

Après le décès de sa première épouse en septembre 1950, Louis T. ACHILLE épousera en secondes noces Monique Pouzet, en avril 1952. Ils auront ensemble trois enfants : Jean-Louis (1953) , Marguerite-Marie (1954) et Etienne (1960).

deuxième mariage LTA
Louis Thomas ACHILLE épouse Monique POUZET en présence de Dominique ACHILLE, fils de Louis Thomas et de Paulette DOMINJON (décédée en 1950)

A sa mort, Louis T. ACHILLE était grand-père de neuf petits enfants.

Présent musicalement dans les médias

Outres les nombreux articles de journal qui lui furent consacrés ou qu’il écrivit, Louis T. Achille participa activement à la réalisation de programmes pour la radio, en diaporama et en vidéo et pour la télévision.

Radio Lyon (service public)

Dans sa jeunesse Louis T. Achille goûtera les joies et les déceptions de l’enregistrement de sa propre voix en 78 tours chez Lumen. En 1956, à l’invitation de son collègue Maurice Jacob il enregistrera de façon plus heureuse pour la première fois pour Radio-Lyon, Cours Gambetta à Lyon III°, avec le Park Glee Club. Ces émissions se répéteront pendant plusieurs années sur cette même radio.

Radio Fourvière / RCF

LTA enregistre pour Radio Fourvière
Louis Thomas ACHILLLE enregistrant l’une de ses premières émissions sur la musique sacrée afro-américaine pour Radio Fourvière,
dans le grenier de la chapelle Saint-Thomas, à Fourvière, avec Pierre PRADAL (technicien)
Photo : Jean-Louis ACHILLE – 1982

En 1982, année de naissance des « radios libres », Louis T. Achille est à la retraite depuis plusieurs années ; aussi pourra-t-il devenir l’un des premiers bénévoles à offrir un contenu musical digne de ce nom à la grille de programmes de la toute nouvelle radio oecuménique de Lyon, Radio Fourvière. Il fut sollicité en raison de la renommée du chœur de Negro spirituals qu’il avait créé et qu’il dirigeait depuis de nombreuses années et en raison de sa connaissance approfondie de la musique sacrée africaine-américaine. En accord avec le projet éditorial de la radio, il disposait d’une compétence indiscutable, de nombreux matériaux sonores personnels, dont certains étaient rares en Europe. Il se lança dans l’aventure radiophonique régulière. C’est ainsi que pendant douze années consécutives, sous la responsabilité de Sébastien Deyrieux puis de Pierre Bégou, il enregistra une émission hebdomadaire écoutée bien au-delà du bassin de fréquences lyonnais quand la radio prit sa dimension nationale et que ses programmes entrèrent dans le stock accessible à d’autres radios confessionnelles. Il fut ainsi écouté jusqu’à la Martinique !

visuel Radio-Fourvière 88.3 FM
Radio-Fourvière 88.3 FM

La richesse des émissions proposée par Louis T. Achille tenait à l’équilibre subtil entre une priorité donnée à la musique et l’apport parlé indispensable permettant de profiter pleinement de celle-ci à l’aide de ses repères historiques, musicologiques et spirituels.

La fidélité des auditeurs à leur nouvelle station FM Radio Fourvière était due en grande partie à ce rendez-vous hebdomadaire de haute tenue supportant bien les multidiffusions, car il y avait toujours quelque chose à découvrir. Louis T. Achille savait profiter de telle lecture, de tel voyage ou de tel concert pour apporter des éléments nouveaux éclairant ce patrimoine musical et spirituel mondial que sont les chants populaires et spirituels qu’il offrait aux auditeurs. Ainsi, par une écoute assidue, le public de Radio Fourvière devint progressivement exigeant et mature en ce domaine.
Cet engagement sur les ondes n’empêcha pas Louis T. Achille de présider, pendant deux mandats successifs le conseil d’administration de l’association support de Radio Fourvière ; usant avec tact de sa fonction de modérateur, il lui permit de durer jusqu’à ce jour.Le Père Emmanuel Payen, alors directeur de Radio Fourvière, devenue RCF (Radios Chrétiennes en France), proposa à Louis T. Achille le principe d’une longue interview permettant à celui-ci de dire ce qu’il ne prenait pas le temps d’écrire, en raison de ses nombreux engagements. Il en est ressorti une série d’émissions diffusées sur les ondes de la radio, brossant un portrait sonore ciblé, très personnel et assez complet. Cette série fut largement utilisée à l’antenne pour lui rendre hommage lors de sa disparition en 1994. Elle fera l’objet d’une série sonore sur ce site.

Autres médias

  • France Musique
  • FR3/France 3 Rhône-Alpes
  • Radio Saint-Louis (Fort-de-France)
  • TLM
  • Télévisions américaines

Se documenter grâce à Negro Spirituals, Lyon

le fondateur de Negro spirituals, Lyon
photo (c) Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Louis T. Achille avait conscience que les documents accumulés au fur et à mesure sur la Musique Sacrée Afro-Américaine constituaient un véritable patrimoine.

Souhaitant que ce patrimoine demeure regroupé et serve à un large public, même après son décès, il constitua en 1990 le Centre de documentation sur la Musique Sacrée Afro-Américaine Negro spirituals, Lyon sous forme associative, grâce au dévouement fidèle de bénévoles assidus.
Negro spirituals, Lyon produira en 1993-94 le vidéogramme Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club, réalisé par Jean-Louis ACHILLE avec son père, afin de conserver une trace audiovisuelle d’une expérience historique de la pratique de cette musique dans un lycée d’Etat en France. Il est partiellement disponible sur ce site (et peut être commandé à l’aide du formulaire de contact).
Hébergé initialement par le Lycée du Parc, le centre de documentation Negro spirituals, Lyon proposa à ses adhérents des « thèmes mensuels » comportant l’écoute d’un intervenant sur un thème, une illustration musicale par l’écoute et la pratique du chant.
Le fonds de ce centre de documentation constitué de partitions, livres, recueils, cassettes et disques (vinyles et CD) intéresse particulièrement les chercheurs, venus parfois des U.S.A., pour l’écriture de mémoires, thèses, conférences, etc. les chefs de chœurs en quête de nouvelles œuvres ou de nouveaux arrangements.

Le lycée du Parc ayant eu besoin de reprendre ses locaux, l’association Negro spirituals, Lyon s’est mise en recherche d’un nouveau lieu susceptible de lui permettre la poursuite et la diversification de son activité. Le vingt-cinquième anniversaire de la disparition de Louis T. Achille constituera une nouvelle étape dans l’évolution de cet autre élément de ce riche héritage. Des discussions très avancées avec la Bibliothèque Municipale de Lyon permettent d’espérer que ce fonds particulièrement original  pourra y trouver un écrin adapté à sa vocation.

Pratique des Arts

L’artiste peintre

L’homme au turban, huile de Louis T. ACHILLE

Maison ACHILLE, place de la Savane à Fort-de- France (non daté) – aquerelle de LTA

Louis T. Achille avait voulu être professeur de danse et c’est le dessin et la peinture qui occupèrent ses loisirs ! Aussi, suivra-t-il des cours de peinture aux U.S.A. de 1932 à 1942 avec J. PORTER.

Il continuera de façon discontinue à peindre avec l’aquarelle et l’huile, ses derniers dessins datant des années 1990.

appareil photo de Louis Thomas ACHILLE
Le Cent Vues de LTA – photo Jean-Louis ACHILLE – 2009

Le photographe

En 1929, Louis T. ACHILLE a acquis un appareil photographique français permettant la prise de vue, l’agrandissement et la projection : « Le Cent Vues », de Mollier et Demaison.

Ses archives constituées de milliers de clichés noir et blanc comme en couleurs témoignent du déroulement du XX° siècle, en France, ainsi qu’en muilieu Noir, aux U.S.A. dans les années 1930 – 40.

Lyon, terre d’accueil et de confluences

L’activité professionnelle de Louis Thomas l’avait conduit à s’implanter à Lyon.

Il a su véritablement « donner couleur à nos grisailles, à nos ternes prières » comme l’a écrit Michel EVIEUX, son ancien élève devenu collègue de khâgne, au décès de son Maître, le 11 mai 1994.

stèle funéraire de Louis Thomas ACHILLE (détail)
Sépulture familiale ACHILLE (détail), cimetière de Loyasse (ancien) à Lyon 5° – photo Jean-Louis ACHILLE – mai 2018

La cérémonie religieuse avait réuni plus de mille participants en l’église Saint-Pothin, sa paroisse du quartier des Brotteaux, à Lyon 6°.

Selon le souhait de Louis Thomas, c’est à sa terre lyonnaise d’adoption qu’il avait choisi de confier sa dépouille mortelle. Aussi repose-t-il au cimetière de Loyasse ancien (allée  89 – ligne 4 – Carré : 2éme secteur – cases 10 et 11) dans le cinquième arrondissement de Lyon (France).

Hommage de la ville de Lyon

projet de plaque de rue (document Ville de Lyon)

Le 28 mai 2018, la ville de Lyon rend hommage à  celui qui, venu d’un autre continent, a su se faire apprécier et aimer, en dénommant :
« Rue Louis Thomas ACHILLE«  l’une des nouvelles voies du quartier de la Confluence dans le deuxième arrondissement, à proximité de l’Hôtel de Région.

Parmi ses expériences spécifiques

• Service militaire effectué à Paris dans le 19° régiment du Train
• Enregistre des Negro spirituals sur des 78 tours chez Lumen (réédition en CD chez Frémaux et associés)
• Membre du jury national d’agrégation d’anglais (1960 à 1965)
• Membre du jury pour le diplôme de la fonction d’animateur et pour le diplôme de la fonction de directeur de centre de loisirs (Jeunesse et Sport)

Distinctions décernées à Louis T. ACHILLE

• Chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur (1972)
• Officier des Palmes Académiques
• Officier de l’Ordre National du Mérite
• Médaille d’Or de la Jeunesse et des Sports (1977)

1 Commentaire

  1. Mes chaleureuses et très reconnaissantes félicitations aux réalisateurs de cette brillante et émouvante « synthèse » de la vie remarquable et enthousiasmante de Louis T. ACHILLE que j’ai eu la chance et le bonheur de connaître. Il me confia un jour, dans les dernières années de sa vie, l’importance essentielle pour lui du message d’espérance porté par les negro spirituals, en réponse au choc douloureux de l’expérience du racisme « habituel » qu’il avait vécue lors de son long séjour aux Etats-Unis. S’il chantait ce message avec le Park Glee Club, qui en était la caisse de résonance, il le « pratiquait » aussi dans ses multiples et diverses activités relationnelles, où s’exprimait son talent de valoriser ses interlocuteurs.

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