Inauguration de la Promenade Paulette et Jane Nardal, à Paris 14e

jardin Jane-et-Paulette-Nardal, Paris 14e
une espace-vert parisien dédié aux soeurs Nardal
La plaque dévoilée – Promenade Paulette et Jane Nardal – 31 août 2019 – Paris 14e
© Jean-Louis ACHILLE – 2019

Dans le cadre de la Fête de la Petite Ceinture, samedi 31 août 2019, la ville de Paris a reconnu officiellement l’action de Paulette et de Jane Nardal en inaugurant dans le 14ème arrondissement un espace-vert qui portera désormais les noms de Paulette et de Jane Nardal, « égéries » de la Négritude, militantes de la cause et la culture noires, de l’égalité entre les peuples, mais aussi des droits des femmes.
Seront ensuite inaugurées 4 rues de ce nouveau secteur aménagé du 14ème arrondissement, qui porteront respectivement les noms de : Huguette Schwartz (résistante), Maria-Helena Vieira Da Silva ( peintre franco-portugaise), Carlos Fuentes (écrivain mexicain) et Hervé Guibert (écrivain).

La Promenade (Jane et de Paulette Nardal), conçue sur le tracé de la petite ceinture ferroviaire, d’une surface végétalisée de 7 125 m², a ouvert au public au printemps 2019. Il s’agit d’un grand tapis vert planté d’arbres, d’arbustes et de vivaces choisis de manière à favoriser la biodiversité du site, chaque strate végétale s’accompagnant d’une faune propre, insectes, oiseaux et petits mammifères.
Source : ville de Paris

Hommage à des martiniquaises exceptionnelles qui ont fait leurs études à Paris
Au passage du XIXe au XXe siècles à la Martinique, (Philéas Gustave Thomas) Louis ACHILLE père de Louis Thomas ACHILLE, avait une sœur : Louise ACHILLE qui épousa le premier ingénieur noir des Arts et Métiers : Paul NARDAL.

Louise (née Achille) et Paul Nardal, parents de Paulette et Jane – non daté – (archives famille Achille)

Louise et Paul auront successivement sept filles, toutes plus exceptionnelles les unes que les autres, dont :

  • l’aînée, Paulette NARDAL 1896-1985 (Paule à l’état-civil )
  • et la quatrième : Jane NARDAL 1902-1993 (Jeanne à l’état-civil).
Paulette NARDAL et Jane NARDAL dans leur maison du Morne-Rouge (Martinique)
août 1978 – © Jean-Louis ACHILLE

A la Martinique, puis aux Etat-Unis, en Afrique, et dans leur « salon de Clamart », l’action culturelle d’envergure de ces deux sœurs a constitué les prémices de ce qu’ensuite des hommes dénommeront : la Négritude.

La « conscience noire » qu’elles ont permis de faire émerger a essaimé dans le monde entier, en particulier grâce à « La Revue du Monde Noir » parue en 1932-32. Le périodique bilingue va nourrir pendant deux ans la diaspora africaine de ses articles signés par de grandes plumes noires et blanches.

n°1 de la Première édition de La Revue du Monde Noir 1931 – photo: J.L. Achille

Une tardive reconnaissance

Le conseil de Paris a statué le 11 juin 2018 en ces termes :
Paulette (1896-1985) et Jeanne Nardal (1902-1993) sont nées au François (Martinique), de Paul Nardal, fils d’esclave affranchi et ingénieur, et Louise Achille, institutrice et musicienne. Paul et Louise transmettront à leurs sept filles leur engagement pour l’éducation et les arts.
Paulette, l’aînée, devient institutrice puis, en 1920, part s’installer en métropole pour étudier l’anglais à la Sorbonne. Ce faisant, elle devient la première femme noire à y étudier.
Jane, la quatrième fille, rejoint sa sœur Paulette à Paris en 1923. Elle étudiera la littérature classique et française à la Sorbonne. Dans leur appartement de Clamart, les sœurs tiennent un salon littéraire, fréquenté par de nombreux écrivains et intellectuels des Antilles, d’Afrique, d’Amérique, dont Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon-Gontran Damas, et les écrivains haïtien Jean Price Mars, et jamaïcain Claude McKay.
Il s’agit de défendre la culture noire, d’affirmer la fierté des peuples « afro-descendants », en déconstruisant l’image du Noir héritée de l’esclavage et de la colonisation, afin de faire naître une véritable conscience noire, que l’on peut mettre en relation avec le mouvement « Harlem Renaissance » des intellectuels et artistes noirs américains aux États-Unis.
En février 1928, Jane fait partie des rares femmes fondatrices de « La dépêche africaine ». Sa sœur Paulette rejoint l’équipe en juin.
Jane y écrit deux essais critiques : « Internationalisme noir », qui parle de l’éveil de la conscience au sein de la diaspora noire et fournit quelques bases théoriques du mouvement de la négritude ; puis « Pantins exotiques » qui traite de la fascination parisienne pour les femmes noires et leur « exotisation ».
Jane décrit également des concepts qui seront au centre des débuts du mouvement de la négritude, mettant ainsi en avant la richesse identitaire antillaise née de l’africanité et du métissage.
Paulette, sa sœur Andrée et l’écrivain haïtien Léo Sajous fondent « La revue du monde noir », publiée en français et en anglais, tribune pour les Noirs du monde entier. Paulette écrit « Éveil de la conscience de race » qui sera publié en 1932 dans le dernier numéro du journal, qui n’en comptera que six, faute d’argent.
Mais Césaire et Senghor prennent la suite avec « L’étudiant noir » en 1934, dans lequel le terme de négritude est mentionné et expliqué pour la première fois. Paulette écrira à ce sujet : « Césaire et Senghor ont repris les idées que nous avons brandies et les ont exprimées avec beaucoup plus d’étincelles, nous n’étions que des femmes ! Nous avons balisé les pistes pour les hommes ».
En 1937 Paulette se rend au Sénégal et s’engage politiquement contre l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie en 1938. De retour en Martinique en 1939 elle donne clandestinement des cours d’anglais à des jeunes désireux de rejoindre Charles de Gaulle à Londres.
A la Libération, elle crée le « Rassemblement féminin », parti politique qui appelle les femmes à utiliser le droit de vote nouvellement acquis. En 1948 elle lance la revue « La femme dans la cité ». Elle sera déléguée à l’ONU pendant un an et demi. Très active, elle mène ensuite en Martinique des actions pour aider les filles mères, monte une chorale qui existe encore.
Jane retourne en Martinique en 1929 où elle organise une conférence sur « Le Chant nègre aux États-Unis » en mettant l’accent sur l’influence du blues. Elle poursuit une carrière d’enseignante en Martinique puis au Tchad pendant deux ans. Elle tente de se lancer en politique mais abandonne face à de nombreuses oppositions et difficultés.
Si Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas sont connus comme les pères de la négritude, les sœurs Nardal ont posé les bases théoriques et philosophiques de ce mouvement. Il est important que leur rôle dans cette émergence soit enfin reconnu.

Source : ville de Paris

Autre article sur Paulette Nardal :
Paulette NARDAL, inspiratrice de la Négritude, dans la presse

Déjà dans un livre d’Histoire
« L’Histoire de France à travers ses personnages »
manuel parascolaire d’histoire sous la direction de Guillaume Picon
double page 284-285 consacrée à Léopold Sédar Senghor et Aimé Césaire : grâce au lien établi par le Musée du Quai Branly – Jacques Chirac avec la famille Achille-Nardal, l’éditeur Bled (Hachette) a intégré Paulette Nardal,
et a évoqué La Revue du Monde Noir.

Ressources externes
en vidéo :

LE RÔLE DES INTELLECTUELLES ANTILLAISES DANS LA CRÉATION DE LA NÉGRITUDE / CHRISTINE DUALÉ


en anglais

IN SEARCH OF SEVEN SISTERS
A Biography of the Nardal Sisters of Martinique
by Emily Musil Church

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