Existait-il une « méthode Park Glee Club » ?

1948
extrait de la revue Les Rues de Lyon - juillet 2018

Le but premier de Louis Thomas ACHILLE était de faire chanter le Negro spiritual à celles et ceux qui en avaient simplement le désir, quelle que fussent leurs compétences musicales. Il ne s’agissait pas de former une chorale de professionnels de la musique. Savoir lire une partition n’était pas exigé, car inutile au regard de la méthode employée.

Ce répertoire populaire quasi exclusif de chants de libération d’esclaves Africains-Américains imposait une pédagogie simple et de tradition orale.

Chanter la liberté au sein d’un lycée public

Une fois par semaine, les choristes se réunissaient entre 12 et 14 heures, dans une salle de classe que le lycée mettait à disposition du Park Glee Club. Ils se tenaient debout face au tableau, sur lequel le chef de chœur inscrivait, à la craie, les paroles anglaises à mémoriser. Il les commentait brièvement afin de situer leur origine biblique et pour en souligner leur caractère joyeux ou grave. Ensuite, il interprétait intégralement le spiritual, seul, une première fois.

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Tradition orale et a cappella

Certains choristes recopiaient les « lyrics » (paroles) sur un cahier, mais ce n’était pas une obligation. Or, exercer sa mémoire est toujours formateur pour des élèves et étudiants !

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Le professeur d’anglais musicien chantait la première phrase, puis la faisait répéter autant de fois que nécessaire, jusqu’à ce qu’elle soit assimilée ; et ainsi de suite. En général, une répétition suffisait pour que les paroles soient sues, par cœur, et l’air vocalisé.

Créativité harmonique

Le chœur sachant interpréter à l’unisson le nouveau spiritual, arrivait alors le moment le plus intéressant de l’apprentissage. Si la mélodie originelle restait intacte, elle gagnait, comme beaucoup d’airs, à être harmonisée.

Les membres de la chorale se renouvelant en partie chaque année, au gré des arrivées et des départs, certains choristes de l’année précédente connaissaient déjà une harmonisation. C’était celle-ci qui était d’abord proposée. Mais Louis T. ACHILLE rappelait que chaque nouveau choriste disposait de la liberté de proposer une harmonisation originale.

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

D’une année à l’autre, selon le talent et l’inspiration de telle ou tel choriste, de nouvelles harmonies surgissaient pour être testées sur un ou plusieurs chants. Toutes les propositions n’étaient pas retenues. Si le répertoire du PGC ne variait guère dans son contenu, son interprétation changeait fréquemment, pour une ou plusieurs années, reflétant ainsi, dans une certaine liberté, la diversité, la créativité et la conviction des chanteurs.

On peut également lire un témoignage de choriste à ce sujet

La marque du chef de chœur

Il est impossible d’évoquer le Park Glee Club sans faire entendre la voix de son fondateur-directeur quand celui-ci alternait l’interprétation avec sa chorale ou  bien chantait en solo.

Jacob’s Ladder
extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

Une empreinte pérenne

Ainsi, sans partition et avec comme instrument son seul diapason pour donner le ton, Louis Thomas ACHILLE a appris le vaste répertoire des Negro spirituals à des centaines de choristes qui avaient pourtant pour vocation de quitter ensuite le lycée. Les spirituals pouvaient alors se répandre plus largement.

extrait du documentaire « Chanter le Negro spiritual avec le Park Glee Club » – réalisation Jean-Louis ACHILLE – avril 1994

La « méthode Park Glee Club » a pu froisser quelques puristes. Elle a fait néanmoins ses preuves devant de nombreux publics, amateurs profanes ou pratiquants de la musique. Le résultat recherché était incontestablement atteint quand la joie des choristes se partageait avec le public, sans que la manière peu orthodoxe ne lèse quiconque.

2 Rétroliens / Pings

  1. 70 ans de pratique des Negro spirituals à Lyon avec le Park Glee Club - Louis Thomas Achille
  2. 70ème anniversaire de la fondation du Park Glee Club - Louis Thomas Achille

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